SOURCE: PROCESS ALIMENTAIRE. Septembre 2015-N°1328

Très aromatique et reconnu IGP, le poivre de Penja se structure pour gagner l’international. Reportage au Cameroun chez René Claude Metomo président du groupement des producteurs.

REPORTAGE: Laurence HAXAIRE

A une centaine de kilomètres du Mont Cameroun, sur des collines basaltiques au milieu d’immenses bananeraies, pousse le poivre de Penja. Fond animal velouté, notes lourdes, boisées, ambrés et musquées, piquant typique: ce poivre blanc est tellement spécifique qu’il a bénéficié de l’une des premières Indications géographiques protégées (IGP) d’Afrique.

Coopérative de conditionnement

Dans les années 2005, l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) et l’Association française de développement (AFD) prospectaient pour lancer les premières IGP en Afrique. Le poivre de Penja était éligible, car son terroir et le savoir-faire de ses producteurs lui confèrent une qualité reconnue par les plus grands cuisiniers mondiaux. Ils commencèrent alors à structurer la filière locale avec des planteurs comme René Claude Metomo, qui a repris en 1996 la plantation d’ananas de son père avant d’y développer majoritairement la seule culture alors rentable: le poivre. Les banques ont suivi en pré-finançant les campagnes, tandis que le ministère de l’Agriculture a offert un tracteur – machinerie rare et précieuse ici – à l’association des producteurs.

Depuis l’obtention de l’IGP en 2013, le prix du poivre a doublé. Les surfaces plantées sont en train  d’être recensées, René Claude Metomo, qui est président du groupement, les estime à 300 ha  actuellement, avec une soixantaine en plus chaque année. Il en cultive lui-même quarante, ce qui le place second producteur après la Société des plantations du haut Penja (groupe Dole).Avant l’IGP, il exportait 10% de sa production, contre 50% aujourd’hui, soit une quinzaine de tonnes en 2014.

La récolte précédente était meilleure, mais entre les aléas climatiques et microbiologiques et les vols sur pieds, fléau régional contre lequel même la rotation mensuelle des gardiens n’est suffisante, la production n’est pas encore optimale. Le Cirad travaille avec les producteurs sur toutes ces problématiques, notamment les invasions fongiques des racines des tuteurs.

Les volumes sont encore confidentiels, mais ils sont amenés à se développer. Le centre de conditionnement du groupement des producteurs sera opérationnel en Janvier 2016, cofinancé par le ministère de l’Agriculture camerounais et le programme pour le développement solidaire du ministère de l’intérieur français.  » Notre objectif à moyen terme est que 100% du poivre de Penja quitte la région IGP en étant conditionné », explique René Claude Metomo.

Lui-même a sa propre marque commerciale, Afidi, et son unité de transformation dédiée. Une seconde unité est en cours juste à côté; Sur 400 m², elle produira dès 2016 des jus de papaye, goyave et mangues (6000 litres par jour), des infusettes (citronnelle notamment), des fruits séchés et épices (clou de girofle, cola de bouche…). La certification Iso 22000 est en préparation. L’entrepreneur y investit 180 millions de francs CFA (275000 d’Euro). L’IGP poivre de Penja donne un sérieux coup de pouce au développement agroalimentaire de la région et l’opportunité aux transformateurs français de ce distinguer avec cet ingrédient premium…

Le poivre blanc de Penja

  • Graines issues d’une liane pérenne qui pousse sur un tuteur vivant, taillée aux environs de six mètres pour faciliter la récolte manuelle.
  • Première récolte rentable quatre ans après la mise en terre.
  • Le poivre blanc est obtenu par rouissage ( opération de macération dans de grands bassins), triturage à l’eau, vannage et séchage au soleil. Il est ainsi débarrassé du péricarpe (pulpe externe), contrairement au poivre noir qui est seulement bouilli et séché.
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